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  • : melynde
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  • : Femme
  • : 04/04/1973

Vendredi 29 août 2008

linkDeux ans à fuir miroirs, vitrines à reflets, photos et cameras en général, tout ces jours à rejeter cette image qui ne cesse de m agresser encore aujourd hui. Incompréhensible pour bon nombre de ceux qui suivent mon parcours ophtalmique qui semble bien arriver à son terme. Qui n est autre que les limites de la médecine, car il faut bien qu elle en ait. Des limites que je dois bien faire miennes, et perdre cet oeil vaincu ne m est finalement pas si terrible. A tant le fuir, dans l illusion de l oublier, j ai au moins fait le deuil de sa capacité à me transmettre l image d un monde en vision stereo. Je me suis à dire vrai assez vite adaptée à une appréhension mono-visuelle de ce qui m  entoure, et bizarrement, j ai vraiment l impression de conserver une perspective en trois dimensions malgré une prise de champ unilatérale. Par contre, une soudaine difficulté à mesurer à bon escient les reliefs et les distances a occasionné la casse de moultes verres et objets fragiles ainsi que quelques bosses, trébuchements et autres gamelles anecdotiques pour ce qui me concerne.
La borgnitude, donc, en faits, n est plus un problème : accepté, assimilé, contourné.

Dommage que ce ne soit pas dans mon cas le seul obstacle à surmonter. Car biensûr ce n est pas une acuité visuelle diminuée qui m éloigne de tout ce qui pourrait imprimer sur ma rétine valide le spectacle de mon visage déformé, le reflet de ce regard bancale que je ne connaîs pas, de ce miroir qui trahit mon âme, qui me rend nostalgique de ces yeux qui me faisaient moi, moi telle que je me suis toujours connue et que je ne retrouve plus.
Je dois composer en lieu et place avec la douleur, le dégoût, la colère, le rejet, oui, le rejet surtout de ce visage avec lequel je refuse encore de composer. Oh, je sais, mon entourage me le serine suffisamment, qu il va bien falloir m y faire, reprendre une vie d avant avec cet aspect d après, cette normalité perdue que je dois accepter non seulement moi mais tous les autres, qui eux aussi auront du mal à reconnaître mon âme dans ce regard cassé. Et oui, nous pourrions nous y faire, eux comme moi, à la longue, il y a bien pire, quand on y pense, comme altération physique et comme handicap. Je le sais tellement bien, à m en sentir tellement coupable dés lors que je compare. D autant plus que  je sais où trouver en moi le puits où je pourrais lancer le premier seau, celui de la résignation, pour le remonter ensuite empli de l eau instinctive et vitale qui réveillera le goût de dépasser pour renaître.
C est une rupture dans le cours de mon existence dont je pourrai pour le moins m accomoder sinon en sortir plus vivante. Peut-être bien.

Pourtant je suis bien loin de ce chemin à sens unique. J ai encore devant moi quelques sentiers incertains bordés de rares lucioles porteuses d étincelles. Deux ans que je leur cours après, n en attrappant une que pour voir sa lumière fugace s éteindre tout comme l espoir improbable auquel le corps médical semblait croire qu il serait bénéfique de m y accrocher. Et j ai tant courru derrière ces traitements prometteurs, ces diagnostics édulcorés, ces vérités tronquées, que ma rage est pleine à craquer de chaque foulée passée à courir après leurs chimères médicales.

C est Internet qui m a ouvert un oeil et fermé l autre - le malade qui m'avait amené dans cette ruche effarante. Le Net m a permis de prendre la mesure. Y'en avait quand même suffisament long pour vouloir appeler un taxi et foutre le camp de ce lieu improbable où on pleure trop et parle pas assez. 
Enfin savoir, comprendre et en tirer certaines conséquences, qui mènent tout naturellement à quelques décisions peut-être point assez muries mais parce que trop tardivement écloses. D'abord préparer mon poing, mon tout petit point serré à blanc, tout ça pour caresser la table toute froide de mon ophtalmo tout lisse qui voit la vie un peu trop en rose et en sucré. Immédiatement après, lui claquer quelques uns de mes nerfs entre ses dossiers et ses collyres pour bien lui signifier - et des deux yeux, s il vous plaît, l'étendue lacrymale de mon épuisement psychologique. Clairement exposer la trompeuse et fourbe douleur du malheur distillé à doses homéopathiques, en alternance avec d'hypothétiques espérances d'améliorations mensongères à ce stade. Je suis sortie de ma caverne, le soleil m'a bien aveuglé, mais pas l'écran de mon pc portable duquel la lumière fut, d'autant plus crue qu'elle était bien loin des pronostics bavés du bout des lèvres et des cils sensés adoucir ma peine et renforcer mon désir de me battre contre rien d'autres finalement que des moulins.
Déniaisée, désabusée, hautement déprimée, je lançais avec cet accent empreint d'une détermination que seule la lucidité est à même d'en faire sonner le désespoir du glas : "Docteur, enlevez-moi cet oeil que je ne saurai voir". Le tout, cela va sans dire, avec d'autant moins de panache que je serrais toujours mes menottes tout en essuyant de l'une mes larmes, de l'autre mon nez, inattendu chagrin rythmé par les hoquets des sanglots rageurs dont je dois bien avouer que je commençais non sans angoisse à me sentir dépassée par l'ampleur du barrage émotionnel qui, ayant perdu ses illusions, cède car il n'y a plus rien à retenir. Le temps est venu de donner. On débale tout et on voit ensuite ce qu'on peut faire après un tel déluge.
J'envoyais sans bien savoir pourquoi un dernier petit coup de mes minis doigts consciencieusement collés les uns aux autres, bien serrés et encouragés par un pouce prêt à faire ses preuves, les phalanges du haut comme celles plus basses clairement agressives et pour finir, un poignet rigide et décidé à le rester jusqu'au bout du bout du mou. A moins que l'on ne bute sur quelque ceinture abdominable ravie de pouvoir faire là la démonstration d'une artificielle fermeté peut-être entretenue entre deux opérations à la salle de sport, réservée aux cadres cela va sans dire, dans les sous-sols du CHU, juste en dessous des blocs opératoires. Mais non, peu de risques, ce type ne remonte sans doute ses genoux sous son menton que lorsqu'il se coupe les ongles des pieds.
J'ai tout laché, d'un coup, plein centre. Mon petit médecin playmobil, j'ai bien vu que ça lui aurait presque plié l'estomac en deux s'il n avait pas le devoir sacré comme le serment d'Hyppocrate, de conserver, en apparence du moins, une certaine verticalité dont la raideur, d'ailleurs, n'est pas sans rappeler celle du manche à balai de l'aide soignante dont son devoir est tout au contraire de rester pliée au plus près du sol, d une part car on frotte mieux à ces niveaux-là, d autre part afin que les regards de chacun, les verticaux comme les horizontaux, n'aient pas à se croiser à l'occasion d'indécentes interpénétrations de la géométrie spatiale des uns ou des autres.
La hiérarchie humaine s'exprime en de nombreuses occasions et signifie diversementles grades ou échelons auxquels chacun appartient. A chaque rang correspond une manière de s'inscrire dans l'espace, par exemple. Même assis, le médecin se maintient. On peut penser à une certaine similitude avec la manière aristocrate d'être au monde.
Pour conclure, n'oublions pas l que l' horizontalité absolue revient au final au patient (qui patiente beaucoup, comme de juste), c-à-dire le degré zéro dans la hiérarchie hospitalière. D'autant plus s'il est vieux et impotent. 
Néanmoins le malade encore valide, en possession suffisante de ses humeurs et du moyen de les faire entendre, mieux encore, s'il est issu d'une bonne catégorie socio professionnelle, ce patient-là qui a fini par s'impatienter - il fallait s'y attendre- peut retrouver pour un temps une station verticale relative et revendiquer le droit à s'exprimer, ce qui lui donne l illusion de reprendre un peu le controle de sa destinée, en tout cas le droit d'obéir à son karma de fumeur en en grillant une ou deux tant qu'à faire.
C'est là qu'il est intéressant d'observer l'expression des classes sociales ou des différentes conditions humaines non plus dans l'art et la manière d'occuper l'espace, mais d'après les codes vestimentaires, qu'ils soient qualitatifs, question d'uniformes ou signifiants telle appartenance,telle sympathie envers une communauté, un groupe de pensée, etc...
Notre patient impatient de fumer enfin cette drogue qu'on l'a encouragé autrefois à consommer pour aujourd'hui faire de lui une sorte de pestiféré, a donc dû descendre 8 étages pour rejoindre le Hall Nord. Deux bancs, un seul gros cendrier pour ce grand hall, des mégots partout, des fumeurs partout, malades, ambulanciers, aides-soignantes, peut-être quelques infirmières, des visiteurs... pas de médecin, a priori. Ils doivent avoir leur salle fumeur.
Le malade du 8ème, lui, est descendu tel quel, en tenu d'hôpital, il ne va quand même pas se changer 10 fois par jour, et puis avec son genou tout juste opéré... Charentaises, donc, avec un motif à l'écossaise et fourrée avec de la laine bien chaude ; pyjama bleu à rayures fines, ça se marie si bien aux carreaux des pantoufles ! Comme on est en février, il a quand même osé la robe de chambre polaire vert bouteille qui s'arrête à mi-mollets - plus bas, c'est pour la gente féminine-, bref, il est vêtu d'une tenue intime que l'on réserve d'habitude à ses proches, mais ici, à l'hôpital, c'est à croire que tout le monde est très intime, malgré ces histoires de verticales et d'horizontales! Les infirmières inspectent votre urine de la nuit quand ce n'est pas pire, certaines personnes agées se font lavées par des inconnus, on vous ausculte sous toute les coutures parfois avec un armée d'internes qui semblent fort intéréssés quand bien même il s'agit de votre intimité la plus personnelle...
Il est 15 heures, donc, il fume en pijama, pantoufles et robe de chambre devant des dizaines de gens mais il s en fout, d'abord parce qu'il est loin d'être le seul, ensuite parce qu'il fait partie, tout de même, de ceux dont la tenue, même nocturne, est l'indice d'une certaine aisance sociale, une de ces verticalités qui voudraient qu'on pense qu'elles tirent leur légitimité d'une base à angle droit, rien de moins. De la stature fil à plomb, travaillée dès l'enfance pour donner l'illusion de l'inné là où l'acquis a comblé les injustices de la nature.
Un malade bourgeois perdu dans un service de santé publique, mais ce CHU est réputé, Virenque lui-même s'y est remis d'une chute spectaculaire lors de sa dernière course, c'est dire.
La bonne nouvelle, peut-être pas pour notre bobo tracé à l'équerre, la bonne nouvelle, donc, c'est qu'ici la mixité sociale semble presque exister, du moins au premier regard, ou au regard de celui qui ne mesure pas combien sont nombreuses et souvent criantes les différences sociales, à tel point qu'il est des misères qu'il ne connait pas, faute de les voir puisqu'on les cache, on les repousse, jusque dans cet hôpital qui n'accepte pas les toxicos, les sdf, les malades mentaux vivant à la rue... sauf urgence vitale, du moins je l'espère...
A ne pas confondre avec les pauvres bougres en blouses fournies par



Par melynde
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Vendredi 29 août 2008
Deux ans à fuir miroirs, vitrines à reflets, photos et cameras en général, tout ces jours à rejeter cette image qui ne cesse de m agresser encore aujourd hui. Incompréhensible pour bon nombre de ceux qui suivent mon parcours ophtalmique qui semble bien arriver à son terme. Qui n est autre que les limites de la médecine, car il faut bien qu elle en ait. Des limites que je dois bien faire miennes, et perdre cet oeil vaincu ne m est finalement pas si terrible. A tant le fuir, dans l illusion de l oublier, j ai au moins fait le deuil de sa capacité à me transmettre l image d un monde en vision stereo. Je me suis à dire vrai assez vite adaptée à une appréhension mono-visuelle de ce qui m  entoure, et bizarrement, j ai vraiment l impression de conserver une perspective en trois dimensions malgré une prise de champ unilatérale. Par contre, une soudaine difficulté à mesurer à bon escient les reliefs et les distances a occasionné la casse de moultes verres et objets fragiles ainsi que quelques bosses, trébuchements et autres gamelles anecdotiques pour ce qui me concerne.
La borgnitude, donc, en faits, n est plus un problème : accepté, assimilé, contourné.

Dommage que ce ne soit pas dans mon cas le seul obstacle à surmonter. Car biensûr ce n est pas une acuité visuelle diminuée qui m éloigne de tout ce qui pourrait imprimer sur ma rétine valide le spectacle de mon visage déformé, le reflet de ce regard bancale que je ne connaîs pas, de ce miroir qui trahit mon âme, qui me rend nostalgique de ces yeux qui me faisaient moi, moi telle que je me suis toujours connue et que je ne retrouve plus.
Je dois composer en lieu et place avec la douleur, le dégoût, la colère, le rejet, oui, le rejet surtout de ce visage avec lequel je refuse encore de composer. Oh, je sais, mon entourage me le serine suffisamment, qu il va bien falloir m y faire, reprendre une vie d avant avec cet aspect d après, cette normalité perdue que je dois accepter non seulement moi mais tous les autres, qui eux aussi auront du mal à reconnaître mon âme dans ce regard cassé. Et oui, nous pourrions nous y faire, eux comme moi, à la longue, il y a bien pire, quand on y pense, comme altération physique et comme handicap. Je le sais tellement bien, à m en sentir tellement coupable dés lors que je compare. D autant plus que  je sais où trouver en moi le puits où je pourrais lancer le premier seau, celui de la résignation, pour le remonter ensuite empli de l eau instinctive et vitale qui réveillera le goût de dépasser pour renaître.
C est une rupture dans le cours de mon existence dont je pourrai pour le moins m accomoder sinon en sortir plus vivante. Peut-être bien.

Pourtant je suis bien loin de ce chemin à sens unique. J ai encore devant moi quelques sentiers incertains bordés de rares lucioles porteuses d étincelles. Deux ans que je leur cours après, n en attrappant une que pour voir sa lumière fugace s éteindre tout comme l espoir improbable auquel le corps médical semblait croire qu il serait bénéfique de m y accrocher. Et j ai tant courru derrière ces traitements prometteurs, ces diagnostics édulcorés, ces vérités tronquées, que ma rage est pleine à craquer de chaque foulée passée à courir après leurs chimères médicales.

C est Internet qui m a ouvert un oeil et fermé l autre - le malade qui m'avait amené dans cette ruche effarante. Le Net m a permis de prendre la mesure. Y'en avait quand même suffisament long pour vouloir appeler un taxi et foutre le camp de ce lieu improbable où on pleure trop et parle pas assez. 
Enfin savoir, comprendre et en tirer certaines conséquences, qui mènent tout naturellement à quelques décisions peut-être point assez muries mais parce que trop tardivement écloses. D'abord préparer mon poing, mon tout petit point serré à blanc, tout ça pour caresser la table toute froide de mon ophtalmo tout lisse qui voit la vie un peu trop en rose et en sucré. Immédiatement après, lui claquer quelques uns de mes nerfs entre ses dossiers et ses collyres pour bien lui signifier - et des deux yeux, s il vous plaît, l'étendue lacrymale de mon épuisement psychologique. Clairement exposer la trompeuse et fourbe douleur du malheur distillé à doses homéopathiques, en alternance avec d'hypothétiques espérances d'améliorations mensongères à ce stade. Je suis sortie de ma caverne, le soleil m'a bien aveuglé, mais pas l'écran de mon pc portable duquel la lumière fut, d'autant plus crue qu'elle était bien loin des pronostics bavés du bout des lèvres et des cils sensés adoucir ma peine et renforcer mon désir de me battre contre rien d'autres finalement que des moulins.
Déniaisée, désabusée, hautement déprimée, je lançais avec cet accent empreint d'une détermination que seule la lucidité est à même d'en faire sonner le désespoir du glas : "Docteur, enlevez-moi cet oeil que je ne saurai voir". Le tout, cela va sans dire, avec d'autant moins de panache que je serrais toujours mes menottes tout en essuyant de l'une mes larmes, de l'autre mon nez, inattendu chagrin rythmé par les hoquets des sanglots rageurs dont je dois bien avouer que je commençais non sans angoisse à me sentir dépassée par l'ampleur du barrage émotionnel qui, ayant perdu ses illusions, cède car il n'y a plus rien à retenir. Le temps est venu de donner. On débale tout et on voit ensuite ce qu'on peut faire après un tel déluge.
J'envoyais sans bien savoir pourquoi un dernier petit coup de mes minis doigts consciencieusement collés les uns aux autres, bien serrés et encouragés par un pouce prêt à faire ses preuves, les phalanges du haut comme celles plus basses clairement agressives et pour finir, un poignet rigide et décidé à le rester jusqu'au bout du bout du mou. A moins que l'on ne bute sur quelque ceinture abdominable ravie de pouvoir faire là la démonstration d'une artificielle fermeté peut-être entretenue entre deux opérations à la salle de sport, réservée aux cadres cela va sans dire, dans les sous-sols du CHU, juste en dessous des blocs opératoires. Mais non, peu de risques, ce type ne remonte sans doute ses genoux sous son menton que lorsqu'il se coupe les ongles des pieds.
J'ai tout laché, d'un coup, plein centre. Mon petit médecin playmobil, j'ai bien vu que ça lui aurait presque plié l'estomac en deux s'il n avait pas le devoir sacré comme le serment d'Hyppocrate, de conserver, en apparence du moins, une certaine verticalité dont la raideur, d'ailleurs, n'est pas sans rappeler celle du manche à balai de l'aide soignante dont son devoir est tout au contraire de rester pliée au plus près du sol, d une part car on frotte mieux à ces niveaux-là, d autre part afin que les regards de chacun, les verticaux comme les horizontaux, n'aient pas à se croiser à l'occasion d'indécentes interpénétrations de la géométrie spatiale des uns ou des autres.
La hiérarchie humaine s'exprime en de nombreuses occasions et signifie diversementles grades ou échelons auxquels chacun appartient. A chaque rang correspond une manière de s'inscrire dans l'espace, par exemple. Même assis, le médecin se maintient. On peut penser à une certaine similitude avec la manière aristocrate d'être au monde.
Pour conclure, n'oublions pas l que l' horizontalité absolue revient au final au patient (qui patiente beaucoup, comme de juste), c-à-dire le degré zéro dans la hiérarchie hospitalière. D'autant plus s'il est vieux et impotent. 
Néanmoins le malade encore valide, en possession suffisante de ses humeurs et du moyen de les faire entendre, mieux encore, s'il est issu d'une bonne catégorie socio professionnelle, ce patient-là qui a fini par s'impatienter - il fallait s'y attendre- peut retrouver pour un temps une station verticale relative et revendiquer le droit à s'exprimer, ce qui lui donne l illusion de reprendre un peu le controle de sa destinée, en tout cas le droit d'obéir à son karma de fumeur en en grillant une ou deux tant qu'à faire.
C'est là qu'il est intéressant d'observer l'expression des classes sociales ou des différentes conditions humaines non plus dans l'art et la manière d'occuper l'espace, mais d'après les codes vestimentaires, qu'ils soient qualitatifs, question d'uniformes ou signifiants telle appartenance,telle sympathie envers une communauté, un groupe de pensée, etc...
Notre patient impatient de fumer enfin cette drogue qu'on l'a encouragé autrefois à consommer pour aujourd'hui faire de lui une sorte de pestiféré, a donc dû descendre 8 étages pour rejoindre le Hall Nord. Deux bancs, un seul gros cendrier pour ce grand hall, des mégots partout, des fumeurs partout, malades, ambulanciers, aides-soignantes, peut-être quelques infirmières, des visiteurs... pas de médecin, a priori. Ils doivent avoir leur salle fumeur.
Le malade du 8ème, lui, est descendu tel quel, en tenu d'hôpital, il ne va quand même pas se changer 10 fois par jour, et puis avec son genou tout juste opéré... Charentaises, donc, avec un motif à l'écossaise et fourrée avec de la laine bien chaude ; pyjama bleu à rayures fines, ça se marie si bien aux carreaux des pantoufles ! Comme on est en février, il a quand même osé la robe de chambre polaire vert bouteille qui s'arrête à mi-mollets - plus bas, c'est pour la gente féminine-, bref, il est vêtu d'une tenue intime que l'on réserve d'habitude à ses proches, mais ici, à l'hôpital, c'est à croire que tout le monde est très intime, malgré ces histoires de verticales et d'horizontales! Les infirmières inspectent votre urine de la nuit quand ce n'est pas pire, certaines personnes agées se font lavées par des inconnus, on vous ausculte sous toute les coutures parfois avec un armée d'internes qui semblent fort intéréssés quand bien même il s'agit de votre intimité la plus personnelle...
Il est 15 heures, donc, il fume en pijama, pantoufles et robe de chambre devant des dizaines de gens mais il s en fout, d'abord parce qu'il est loin d'être le seul, ensuite parce qu'il fait partie, tout de même, de ceux dont la tenue, même nocturne, est l'indice d'une certaine aisance sociale, une de ces verticalités qui voudraient qu'on pense qu'elles tirent leur légitimité d'une base à angle droit, rien de moins. De la stature fil à plomb, travaillée dès l'enfance pour donner l'illusion de l'inné là où l'acquis a comblé les injustices de la nature.
Un malade bourgeois perdu dans un service de santé publique, mais ce CHU est réputé, Virenque lui-même s'y est remis d'une chute spectaculaire lors de sa dernière course, c'est dire.
La bonne nouvelle, peut-être pas pour notre bobo tracé à l'équerre, la bonne nouvelle, donc, c'est qu'ici la mixité sociale semble presque exister, du moins au premier regard, ou au regard de celui qui ne mesure pas combien sont nombreuses et souvent criantes les différences sociales, à tel point qu'il est des misères qu'il ne connait pas, faute de les voir puisqu'on les cache, on les repousse, jusque dans cet hôpital qui n'accepte pas les toxicos, les sdf, les malades mentaux vivant à la rue... sauf urgence vitale, du moins je l'espère...
A ne pas confondre avec les pauvres bougres en blouses fournies par
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Lundi 21 janvier 2008
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Par melynde
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Mercredi 14 novembre 2007

Prozac addict

j'ai pas choisi mes neurotransmetteurs...

jeudi 10 Mars 2005

Ego mon ami

L'égocentrisme est sans conteste l'un des meilleurs boucliers contre les agressions, tant extérieures qu'intérieures. Voilà ce que j'en dis, moi. Et que c'est bien dommage qu'il m'ait fallu 32 trop longues années pour le découvrir.

Moi qui ai combattu ce mécanisme naturel et inné depuis mon plus jeune âge, à coups d'éducation, de morale et de culpabilité... il me faut à présent rebrousser chemin. Retrouver cette arme qui m'était fournie gracieusement dès le premier souffle. Temps perdu. Souffrances inutiles. Conditionnement absurde.

Bon. Certes, il y a égocentrisme et égocentrisme. Trop d'égocentrisme tue l'égocentrisme, c'est comme tout. Il ne s'agit pas de redevenir une entité fermée sur elle-même dont le seul bien-être serait le but ultime. L'égocentrisme s'éduque, cela est un fait acquis. Mais en aucun cas il ne doit être éradiqué au nom de  valeurs altruistes utopiques ou mal interprétées.

Ne dit-on pas que pour aimer les autres, il faut d'abord s'aimer soi-même ? Et que dire des "Connais-toi toi-même" et autres "Aide-toi et le ciel t'aidera" ? Au commencement de toute vie c'est le Moi que l'on trouve. Au commencement de tout progrès person nel également. Le Moi est l'oeil du cyclone. Tout tourne autour de lui, tout émane de lui, il est la clef de voûte de toute architecture humaine.

Dès lors, il n'est pas surprenant qu'une existence fondée sur la négation de l'importance de ce Soi premier, de ses exigences et de ses revendications soit une existence bancale et laborieuse. C'est errer nu et sans centre de gravité au coeur de la tourmente. Evoluer tel un avion fou sans pilote.

Telle fut ma vie. On m'a appris à refouler cet instinct premier et salvateur, au nom d'une morale destructrice et intégriste.

C'est avec soi que commence la bienveillance. Balayer devant sa porte, c'est bel et bien prendre soin de son intérieur, briquer son propre espace pour avancer propre, ensuite, vers le reste du monde.

Néanmoins, je reconnais la nécessité de travailler ce diamant brut. L'égocentrisme est une force vitale sauvage qu'il s'agit de domestiquer, sinon comment vivre en société ? Le Soi des uns s'arrête là où commence celui des autres. Cela ne fait aucun doute. Mais apprivoiser, adapter à la vie sociale, cela n'a jamais voulu dire détruire, effacer, refouler.

Me voici donc, trentenaire non encore accomplie, à la recherche de mon Moi perdu. Enfin non, pas exactement perdu. Car toute éducation, aussi efficace soit-elle, ne peut venir à bout de ce noyau central de la personnalité humaine. Elle le pervertit, le détourne, en fait parfois une bête curieuse, ou bien le vide en apparence de son essence.

Gare alors à sa vengeance. Il reparaît toujours, dans les moments de faiblesse, quand les instances moralisatrices internes baissent leur garde. Il reparaît et c'est un cheval fou, ivre de rage et d'autant plus assoiffé qu'il a été soigneusement réprimé.

Mon Moi est en colère, et m'a souvent tourmentée. Je l'ai toujours rejeté, horrifiée de ses excés. J'y voyais, paradoxalement, la confirmation de la nécessité de le faire taire. Mais même muselé, haletant et agonisant, il retrouvait toujours, un jour ou l'autre, le chemin de la lumière. Et rien n'est plus dangereux qu'un Moi blessé.

Aujourd'hui, pourtant, je tends vers la réconciliation. Je regarde enfin ce survivant colérique et perverti, et le reconnais. Il est malade, il est tourmenté, mais je l'accepte. Je vais me réunir et nous allons nous réparer. J'ai retrouvé mon centre et vais pouvoir, du coup, équilibrer mon être autour de lui. Il est noirceur, encore, il est convalescent, mais l'amour est un remède imparable. C'est toute entière que je veux apprendre à m'aimer. Adieu icônes mensongères de la perfection altruiste. Et bonjour Moi.






Par melynde - Publié dans : Courir après l'espoir... ça arrive parfois
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Mercredi 14 novembre 2007

J' ai 33 ans.  Je l'ai donc déjà, l'âge du Christ, et j’en suis presque au bout.

Ceux qui en sont revenus – car il y a des rescapés, oui, tout de même -, ceux-là me comprennent car nous sommes sur la même longueur d’expérience. Les autres n’ont qu’à imaginer, enfin, anticiper plutôt parce qu’ ils n’y couperont pas, de toutes les manières, un jour ce sera leur tour.

 

Donc. A peine tes bougies soufflées, il y a toujours un con pour te souhaiter bonne chance en évoquant ce putain d'âge du Christ, auquel tu avais déjà pensé toute seule et c’était bien assez.

De toute façon, du Jésus, c’est bien simple, on en retient trois dates : sa naissance, sa mort, et sa résurrection.

La naissance, en ce qui me concerne, c’est fait, j’ai survécu, même si on m’a pas demandé mon avis. J’ai déboulé comme une primevère au printemps, la gueule dans la neige. Ca m’a pas mal refroidie, je dois dire, déjà que j’étais pas très chaude…

 Après j’ai grandis, j’ai reçu ma goutte de flotte sur la tronche, là encore je tiens à préciser que je n’ai pas été consultée, j’ai donc vite pigé l’embrouille et le pétrin où je fis mes premiers pas. J’ai laissé communier et tout et tout ceux qui y avaient pris goût, pour ma part j’ai commencé à ouvrir ma gueule, maintenant que j’avais le vocabulaire en plus des jambes. Alors commença enfin un répit laïque auquel je me fis si bien que j’en oubliais mes désagréments catholiques, pour moi l’affaire était pliée.

Alors pourquoi, soudain, venait m’emmerder cette histoire d’âge du Christ quand je voyais d’un œil méfiant les bourgeons faire leur cirque pour m’annoncer que j’allais entrer dans ma 33ème année ?

L’Age du Christ…. L’âge de la Mort, oui. Ce n’est tout de même pas parce qu’on n’a pas fait son catéchisme qu’on ne maîtrise pas quelques bases indispensables, genre Judas, couronne d’épines, calvaire, clous et croix… Si encore j’avais pu croire à la suite, ça m’aurait rendue plus sereine, mais j’avale pas les serpents, moi, déjà que je les écoute pas.

Bref. Dire 33 ans : l’âge du Christ, c’est rappeler que c’est à cet âge là que le fils de Dieu est mort. Et d’une mort assez salée, encore. Une sale année pour les divinités, quoi.

Chouette, non, pour entrer confiante dans ma drôle d’année à moi… Je sens que je vais trembler à toutes les croix, frémir à la moindre odeur de sainteté… et surtout, surtout, qu’on ne me parle pas de clous !!!

 

 

Enfin… Après 365 jours - non pas de calvaire, ce serait pour le moins présomptueux, mais de bonnes galères, quand même, de celles qui lâchent pas facile et vont me suivre dans mon prochain printemps…   J’ai donc hâte d’en sortir, de cet âge du Christ à la con. J’en devenais dévote sur les bords, je zieutais en douce vers les églises quand ça me travaillait trop, cette histoire, c’est bien que c’est du n’importe quoi à vous farcir la cervelle.

Encore un heure à tenir…

mardi ‎22 ‎mai ‎2007, ‏‎10:48:44
Par melynde
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